Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!
Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l'abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.
Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l'âme,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!
Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l'altitude un dédain souverain.
Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l'âme consumée
Le changement des rives en rumeur.
Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d'orgueil, après tant d'étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m'abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.
L'âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié.
O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur,
J'attends l'écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l'âme un creux toujours futur!
Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l'attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.
Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!
Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!
Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.
Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.
Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.
Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.
Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!
Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!
Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!
Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!
Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d'appartenir!
Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée!
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m'enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!
Non, non! . . . Debout! Dans l'ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l'onde en rejaillir vivant.
Oui! grande mer de delires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil
Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux rejouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!
"Le cimetière marin" Paul Valéry, Poésie/Gallimard
Superbe balade à Sète où mes pas tout naturellement me conduisirent
vers le cimetière marin où repose Paul Valéry...
Rédigé à 18:08 dans balade, escapade, voyage, Paul Valéry | Lien permanent | Commentaires (6)
Rédigé à 11:38 dans Paul Valéry | Lien permanent | Commentaires (3)
De vos fruits, Jeanne, amande,pêche ou fraise,
on sait la tendre et puissante saveur :
ils sont de ceux gonflés de ta ferveur
qu'on presse, on croque, on suce, on boit, on baise.
Le jus Tendresse et puis le suc Amour
tandis que l'âme avec l'âme roucoule,
des fruits pressés, l'un jaillit, l'autre coule,
et l'autre et l'un, dans ton soyeux séjour.
Paul Valéry ,
22 juin 1938
in Corona et Coronilla
poème à Jean Voilier
Rédigé à 15:26 dans Paul Valéry | Lien permanent | Commentaires (0)
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Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!
Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l'abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.
Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l'âme,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!
Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l'altitude un dédain souverain.
Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l'âme consumée
Le changement des rives en rumeur.
Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d'orgueil, après tant d'étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m'abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.
L'âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié.
O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur,
J'attends l'écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l'âme un creux toujours futur!
Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l'attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.
Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!
Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!
Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.
Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.
Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.
Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.
Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!
Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!
Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!
Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!
Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d'appartenir!
Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée!
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m'enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!
Non, non! . . . Debout! Dans l'ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l'onde en rejaillir vivant.
Oui! grande mer de delires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil
Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux rejouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!
"Le cimetière marin" Paul Valéry, Poésie/Gallimard
photo Le cimetière marin dans La Clape Gruissan (Aude)
Rédigé à 15:02 dans Paul Valéry | Lien permanent | Commentaires (0)
Le vieux battant de fer à peine clos
derrière moi qui me hâte et qui songe,
seul et non seul je vais courbant le dos,
suivant détresse, ennui, peine ou mensonge,
car tout m’est noir à peine le fer clos.
Paul Valéry
Poème extrait de la biographie de Jean Voilier, nom de plume, de Jeanne Loviton.
Elle a été le dernier et probablement le plus grand amour de Paul Valéry.
Le livre donne à lire des lettres admirables que Valéry lui a adressées jusqu’à sa mort.
Toute femme, moi la première, aurait aimé en recevoir d’aussi sublimes et aimantes.
“Je te caresse dans la tiédeur de la lumière doucement riche, je cause avec toi(voluptueuesement, intelligemment), il n’y a pas de mot qui combine les deux termes en un seul adverbe extraordinaire. Il faudrait avoir une langue à nous-(quelquefois cette idée se matérialisa et il n’y eut bien qu’une bouche et une langue). Tiens, tu me fais crayonner des bêtises. Mais songe que ce moment est le seul de cette immense journée où je vive un peu avec et pour toi.”
Il lui écrivit près d’un millier de lettres et poèmes, un livre “Corona” et lui dédia la
“Cantate de Narcisse”.
Coïncidence, tous deux sont décédés un 20 juillet à cinquante et un an d’intervalle,
Paul Valéry en 1945, Jean Voilier en 1996.
*Ce livre dresse le portrait d’une femme mystérieuse, femme d’affaires remarquable, femme du monde aux amours multiples.Ses admirateurs les plus célèbres furent, outre Paul Valéry, Jean Giraudoux, Saint John Perse, Curzio Malaparte,quelques hommes politiques, certains hommes d’Etat, et aussi quelques femmes remarquables et remarquées.
Portrait d’une femme dont François Mauriac disait qu’elle aura été
” le dernier personnage romanesque de ce temps”
Et pourtant tout est vrai !
*Portrait d’une femme romanesque Jean Voilier, de Célia Bertin, éditions de Fallois
Rédigé à 13:06 dans Paul Valéry | Lien permanent | Commentaires (0)
Rédigé à 17:54 dans Paul Valéry | Lien permanent | Commentaires (0)
Il me semble que je me retrouve et me reconnaisse quand je reviens à cette eau universelle. Je ne connais rien aux moissons,aux vendanges. Rien pour moi dans les Géorgiques.
Mais se jeter dans la masse et le mouvement agir jusqu'aux extrêmes, et de la nuque aux orteils;se retourner dans cette pure et profonde substance; boire et souffler la divine amertume, c'est pour mon être le jeu comparable à l'amour, l'action où tout mon corps se fait tout signes et tout forces, comme une main qui s'ouvre et se ferme, parle et agit. Ici , tout le corps se donne, se reprend, se conçoit, se dépense et veut épuiser ses possibles. Il la brasse, il la veut saisir, étreindre,il devient fou de vie et de sa libre mobilité il l'aime,il la possède, il engendre avec elle mille étranges idées. Par elle,je suis l'homme que je veux être. Mon corps devient l'instrument direct de l'esprit, et cependant l'auteur de toutes ses idées. Tout s'éclaire pour moi.
Je comprends à l'extrême ce que l'amour pourrait être. Excès du réel !
Les caresses sont connaissance. Les actes de l'amant seraient les modèles des oeuvres.
Donc, nage! donne de la tête dans cette onde qui roule vers toi, avec toi, se rompt et te roule.
Paul Valéry ,inTel Quel ,Autres Rhumbs
Imaginez la mer d'un bleu profond, le soleil qui dépose sur elle mille
étoiles ,l'eau fraîche certes mais si tentante. Au retour de ma contemplation silencieuse j'ai ouvert Tel Quel et suis tombée sur ce texte Nage que je vous offre alors que les derniers rayons du soleil illuminent l'horizon et habillent d'une teinte rosée les collines environnantes...
VALE
La grande amour que vous m'aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons-
Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrée
Nous nous tenions
Notre soleil, dont l'ardeur fut pensée
L'orbe pour nous de l'être second
Le second ciel d'une âme divisée
Le double exil où le double se fond
Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,
Vos yeux vers lui ne l'ont pas reconnu
L'astre enchanté qui portait hors d'atteinte
L'extrême instant de notre seule étreinte
Vers l'inconnu.
Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu'il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu'ivre
Du vin perdu.
J'ai retrouvé le céleste et sauvage
Le paradis où l'angoisse est désir.
Le haut passé qui grandit d'âge en âge
Il est mon corps et sera mon partage
Après mourir.
Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de coeur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t'avais donnée
Pour la douleur.
Catherine Pozzi
Très haut amour, Poèmes et autres textes , poésie /gallimard
Une âme à fleur de peau.
Amie entre autres de Rainer Marie Rilke, compagne secrète de Paul Valéry son
"plus dur échec, sa plus belle chance" qui sera son paradis et son enfer, un diamant!
Ce poème "Vale" qu'elle écrivit et souhaita ne voir publié qu'après sa mort fut composé en 1926, et préfigure sa rupture avec Paul Valéry.
Cette manière, surprenante à la réflexion, qu'ont les jours de finir par un éblouissement, une création et foison de lumières décomposées, de figures immenses, qui tombent de l'or à la cendre par degrés très sensibles; mourant comme des héros et des dieux de suite après le plus beau, et comme si leur mort était la conséquence naturelle, facile et nécessaire d'une loi qui voudrait qu'il ne puisse rien y avoir après le plus beau.
Paul Valéry , Cahiers XVIII , Gallimard 2000
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Tu es belle comme une pierre;
et ta forme se ferme si parfaitement qu'elle appelle les deux mains à l'épouser et à la suivre; à la reprendre et la refaire, selon ses pentes et ses masses, sa douceur et sa résistance, et cette fuyante plénitude qui affole indéfiniment le toucher.
Tu es si belle que je te crée.
O que mes mains recommencent encore la connaissance de leur ouvrage et que la créature engendre le créateur...
Ton épaule excède toute parole; la fraîcheur, la fermeté, l'équilibre du bras que je soulève et baise, et qui conduit les lèvres vers ton sein, vers l'un des buts ou des pièges placés sur la forme de toi, pour que l'âme s'y prenne et n'ait cesse qu'elle ne tombe et périsse au piège des pièges.
J'abandonne toute pensée.
Toute pensée m'abandonne.
Je me sens devenir mes mains, mes genoux impérieux, et la puissance de mon torse aux reins pressants. Il faut que je caresse et que je broie, que je tue et que je périsse, que je dompte et que je domine tout enchaîné.
Paul Valéry, in Alphabet lettre T
"Cybèle" Auguste Rodin 1889 Fondation Gianadda Martigny
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Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!
Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l'abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.
Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l'âme,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!
Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l'altitude un dédain souverain.
Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l'âme consumée
Le changement des rives en rumeur.
Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d'orgueil, après tant d'étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m'abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.
L'âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié.
O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur,
J'attends l'écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l'âme un creux toujours futur!
Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l'attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.
Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!
Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!
Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.
Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.
Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.
Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.
Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!
Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!
Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!
Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!
Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d'appartenir!
Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée!
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m'enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!
Non, non! . . . Debout! Dans l'ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l'onde en rejaillir vivant.
Oui! grande mer de delires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil
Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux rejouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!
"Le cimetière marin" Paul Valéry, Poésie/Gallimard
photo Le cimetière marin dans La Clape Gruissan (Aude)
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Je fais un pas sur la terrasse...
J'entre en scène dans mon regard.
Ma présence se sent l'égale et l'opposée de tout ce monde lumineux qui veut la convaincre qu'il l'environne. Voici le choc entier de la terre et du ciel. L'heure veut me saisir et le lieu croit m'enclore...
Mais le site avec son heure, ce n'est pour l'esprit qu'un incident - un évènement - un démon comme un autre...Tout ce jour, un démon de ma nuit personnelle.
Vraiment, le soleil m'obsède d'une immense image, merveilleusement colorée, et me propose toutes les énigmes du visible...
Il y a bien d'autres offres en moi-même, qui ne sont de la terre et des cieux.
Tout ce beau jour, si net, orné, borné de tuiles et de palmes, et de qui tant d'azur, accomplissant la plénitude, ferme dans le zénith la forme auguste, ne m'est qu'une bulle éphémère, pleine à demi d'objets différents.
Bel Aujourd'hui que tu es - Aujourd'hui qui m'entoures - je suis Hier et Demain...
Tu n'es que ce qui est, et je ne suis jamais: je ne suis que ce qui peut-être...
Ici, tout ce qui brille et vibre n'est pas moi.
Je fais un pas de plus sur la terrasse...
Je m'avance, comme un étranger, dans la lumière...
Quoi de plus étranger que celui qui se sent voir ce qu'il voit ? [...]
Ce que je vois, ce que je pense - se disputent ce que je suis.
Ils l'ignorent; ils le conduisent : ils le traitent comme une chose...
Suis-je la chose d'une idée, et le jouet de la splendeur du jour ?
Paul Valéry , in Alphabet
Bonne journée
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"Cette manière, surprenante à la réflexion, qu'ont les jours de finir par un éblouissement, une création et foison de lumières décomposées, de figures immenses, qui tombent de l'or à la cendre par degrés très sensibles; mourant comme des héros et des dieux de suite après le plus beau, et comme si leur mort était la conséquence naturelle, facile et nécessaire d'une loi qui voudrait qu'il ne puisse rien y avoir après le plus beau."
Paul Valéry "Cahiers " Gallimard
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la pucelle doucement se peigne au soleil.
Aux nénuphars de l'onde elle donne un orteil
Ultime, et pour tiédir ses froides mains errantes
Parfois trempe au couchant leurs roses transparentes.
Tantôt, si d'une ondée innocente, sa peau
Frisonne, c'est le dire absurde d'un pipeau,
Flûte dont le coupable aux dents de pierrerie
Tire un futile vent d'ombre et de rêverie
Par l'occulte baiser qu'il risque sous les fleurs.
Mais presque indifférente aux feintes de ces pleurs,
Ni se divinisant par aucune parole
De rose, elle démêle une lourde auréole;
Et tirant de sa nuque un plaisir qui la tord,
Ses poings délicieux pressent la touffe d'or
Dont la lumière coule entre ses doigts limpides !
...Une feuille meurt sur ses épaules humides,
Une goutte tombe de la flûte sur l'eau,
Et le pied pur s'épeure comme un bel oiseau
Ivre d'ombre...
Paul Valéry , Episode
Poésie Gallimard
crédit photo liliroze
tableau François Groslière "Bouche cousue"
La quantité de tendresse à ressentir,
à exprimer en un jour,
est limitée.
Paul Valéry in, Tel Quel, suite, Folio essais
Paul Klee Senecio 1922
Les plus "profondes" questions du monde:- Comment n'as-tu pas pensé à cela ?
- Et toi, comment y as-tu pensé ?
Paul Valéry
(Mélange, p.307, in Oeuvre t.1, La Pléiade)
Combien de fois me suis-je dit, pourquoi n'y ai-je pas pensé ? Et tout à coup tout s'éclaire car c'était justement à cela que j'aurais dû penser en évoquant telle situation ou telle chose.
Rédigé à 16:44 dans Paul Valéry | Lien permanent | Commentaires (0)
Le vieux battant de fer à peine clos
derrière moi qui me hâte et qui songe,
seul et non seul je vais courbant le dos,
suivant détresse, ennui, peine ou mensonge,
car tout m’est noir à peine le fer clos.
Paul Valéry
Poème extrait de la biographie de Jean Voilier, nom de plume, de Jeanne Loviton.
Elle a été le dernier et probablement le plus grand amour de Paul Valéry.
Le livre donne à lire des lettres admirables que Valéry lui a adressées jusqu’à sa mort.
Toute femme, moi la première, aurait aimé en recevoir d’aussi sublimes et aimantes.
"Je te caresse dans la tiédeur de la lumière doucement riche, je cause avec toi(voluptueuesement, intelligemment), il n'y a pas de mot qui combine les deux termes en un seul adverbe extraordinaire. Il faudrait avoir une langue à nous-(quelquefois cette idée se matérialisa et il n'y eut bien qu'une bouche et une langue). Tiens, tu me fais crayonner des bêtises. Mais songe que ce moment est le seul de cette immense journée où je vive un peu avec et pour toi."
Il lui écrivit près d'un millier de lettres et poèmes, un livre "Corona" et lui dédia la
"Cantate de Narcisse".
Coïncidence, tous deux sont décédés un 20 juillet à cinquante et un an d’intervalle,
Paul Valéry en 1945, Jean Voilier en 1996.
*Ce livre dresse le portrait d’une femme mystérieuse, femme d’affaires remarquable, femme du monde aux amours multiples.Ses admirateurs les plus célèbres furent, outre Paul Valéry, Jean Giraudoux, Saint John Perse, Curzio Malaparte,quelques hommes politiques, certains hommes d’Etat, et aussi quelques femmes remarquables et remarquées.
Portrait d’une femme dont François Mauriac disait qu’elle aura été
" le dernier personnage romanesque de ce temps"
Et pourtant tout est vrai !
*Portrait d’une femme romanesque Jean Voilier, de Célia Bertin, éditions de Fallois
" L'Avenir " est la parcelle plus sensible de l'instant.
Paul Valéry
Mélange, p.307, in Oeuvre t.1, La Pléiade
photo jasmin de Tunisie
Sans toi, pensant à toi, quand j'ai perdu le jour
Tu me viens dans la nuit, échappée à toi-même,
Tu t'évades en moi, chère Âme de l'amour,
Ombre toute fidèle au seul songe que j'aime.
Quand l'éveil me relève, ô mon premier émoi,
Je te forme et te vois, je prends ce noble torse,
Temple où j'adore un coeur qui serait tout à moi
S'il pouvait dans le mien puiser toute sa force.
Oh...Veuille, ma Beauté, veuille ce que je veux :
Ce que je te redis en flattant tes cheveux
Par le simple retour d'une même caresse :
Nulle voix ne saurait te faire entendre mieux
Le mystère et le sens de toute ma tendresse :
Un échange sans fin des âmes de nos yeux.
Paul Valéry
Photo:
Paul Valéry et Jeanne Loviton dite Jean Voilier à qui se poème est dédié...
Zao Wou-Ki sans titre 1987 huile sur toile 280 x 460
Ecole normale supérieure, Lyon
“Oh ! quelle chair d’odeur fine aromatisée
Où de l’huile blonde a mis sa molle senteur,
Est plus douce que la Nuit au souffle chanteur,
Et sa brise parmi les roses tamisée ?
Quel féminin baiser plus léger que le sien
Et ses yeux, ses yeux d’or immortels, quelle Femme
Peut égaler ses regards noirs avec leur flamme
Et quelle Voix vaudrait ce vent musicien?…
Adieu donc ! toi qui m’attendais ! L’heure est trop bonne !
A l’amour immatériel je m’abandonne
Que me promet ce Soir calme et ce bord de l’eau.
Car, j’aime cette grève où mon ombre s’allonge
Et cette Nuit ! Et cette lune au blanc halo
Et puis la murmurante et triste Mer qui songe!…”
PAUL VALÉRY, "Pour la nuit",
La revue indépendante, tome 17, no 48
(Tous les soirs je lis un poème,
hier soir j'ai retrouvé la sérénité avec celui-ci)
Que ne puis-je retarder d’être moi, paresser dans l’état universel ?
Pourquoi, ce matin, me choisirais-je ? Qu’est-ce qui m’oblige à reprendre mes biens et mes maux ?
Si je laissais mon nom, mes vérités, mes coutumes et mes chaînes comme rêves de la nuit, comme celui qui veut disparaître et faire peau neuve, abandonne soigneusement au bord de la mer, ses vêtements et ses papiers ?
N’est-ce point à présent la leçon des rêves et l’exhortation du réveil ? Et le matin d’été, le matin, n’est-il le moment et le conseil impérieux de ne point ressembler à soi-même ?
Le sommeil a brouillé le jeu, battu les cartes ; et les songes ont tout mêlé, tout remis en question…
Au réveil il y a un temps de naissance, une naissance de toutes choses avant que quelqu’une n’ait lieu. Il y a une nudité avant que l’on se re-vêtisse.
Paul Valéry, Tel Quel ,Autres Rhumbs
Folio essais
crédit photo ALTphotos.com
Rédigé à 16:12 dans Paul Valéry | Lien permanent | Commentaires (0)
"Les idées précises conduisent souvent à ne rien faire."
Bon week-end !
De vos fruits, Jeanne, amande,pêche ou fraise,
on sait la tendre et puissante saveur :
ils sont de ceux gonflés de ta ferveur
qu'on presse, on croque, on suce, on boit, on baise.
Le jus Tendresse et puis le suc Amour
tandis que l'âme avec l'âme roucoule,
des fruits pressés, l'un jaillit, l'autre coule,
et l'autre et l'un, dans ton soyeux séjour.
Paul Valéry ,
22 juin 1938
in Corona et Coronilla
poème à Jean Voilier
Il y a pour chaque homme, un nuage qui commence par une vapeur transparente et s’épaissit rapidement devant sa vue de son avenir.
Ce nuage est commun à tous.
Il est comme tous les nuages de la couleur de l’heure même.
Paul Valéry , in " Poésie perdue "
Les poèmes en prose des cahiers
Collection Poésie/Gallimard
Rédigé à 13:14 dans Paul Valéry | Lien permanent | Commentaires (0)
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