Jean-Jacques Henner ,1829-1905
Jeune femme à la robe rouge
Sur la photo elle portait une robe rouge, ses cheveux relevés en chignon, elle était rayonnante, au dos une date, un jour de septembre…
Elle est là, ses pensées la transportent en elle-même, elle essaie de retracer le voyage sur le papier, en écrivant lentement elle laisse les souvenirs remonter à la surface de la page blanche, elle pense à tous ces êtres qu’elle a aimés, ils sont un morceau d’elle, soudain les voici ombres, s’éloignant dans le noir.
Tout se délie, se dilue, se délite, c’est sûrement dans l’ordre des choses sans quoi chacun de nous mourrait de son premier chagrin d’amour, à sa première blessure, à sa première trahison.
Naître pour mourir et mourir pour renaître, à la fois superbe et effrayant, sur cette ambivalence couleur de désarroi, les religions raflent la mise.
Quelque chose se rejoue, qui fait trembler, on enrage, on s’émeut, on perd courage, on n’a pas demandé à naître.
Elle préfère oser de son vivant plutôt que la promesse d’un après, mais tout va trop vite. Elle sait qu’on ne trouve pas l’amour, on le retrouve, et si on le retrouve, c’est qu’on l’avait perdu. On a peur quand on le rencontre, parce qu’on connaît la fin. On avance pourtant, on y va, plus on avance, plus on oublie, le présent est une lame de fond…
En parlant de naissance tout lui parle de sa mère, peut-être n’aime-t-on jamais que pour ramener sa mère, peut-être ne pense-t-on jamais que pour comprendre sa mère, peut-être n’écrit-on jamais que pour toucher sa mère, ou la quitter enfin.
C’est elle, sa mère qui avait cousu la robe rouge, les souvenirs ces vieux bouts d’épave, ces débris de naufrage ont ressurgi avec force.